mercredi 18 avril 2018


"Lucas Corta s'est rendu compte jeune qu'il vivait en enfer. Le seul moyen de transformer l'enfer, ou même d'y survivre, est d'en être le maître"

***

Saudações (enfin je crois) les aminches.

A la vitesse où nous saccageons avec application notre boule bleue pour satisfaire une soif de consommation soigneusement entretenue, notre planète natale a entamé un déclin irrémédiable et bientôt les besoins "élémentaires" ne pourront plus être satisfaits. 

La solution sera peut-être de coloniser un autre habitat cosmique, ainsi que le pensait feu Stephen Hawking mais il y a un exutoire plus immédiat pour continuer à alimenter la fringale jamais assouvie de vouloir changer son smartphone tous les ans : piller les ressources de notre satellite naturel, la lune. 

2110. Sur une Lune où tout se vend, où tout s’achète, jusqu’aux sels minéraux contenus dans votre urine, et où la mort peut survenir à peu près à n’importe quel moment, Adrianna Corta est la dirigeante du plus récent des cinq «Dragons», ces familles à couteaux tirés qui règnent sur les colonies lunaires. 

Elle doit l’ascension météoritique de son organisation au commerce de l’Hélium-3. 

Mais Corta-Hélio possède de nombreux ennemis, et si Adrianna, au crépuscule de sa vie, veut léguer quelque chose à ses cinq enfants, il lui faudra se battre, et en retour ils devront se battre pour elle… 

Ian McDonald est un auteur de SF tendance cyberpunk (mais pas que et point trop) de première bourre. Un des plus doués de sa génération et son épopée lunaire furieuse et profonde ne fera pas vaciller sa réputation justifiée. 

Evacuons d'emblée cette référence crispante de Game of thrones en apesanteur, foutrecouille, à chaque fois qu'un livre un brin brutal et choral sort en librairie, on nous sort la punchline un Game of thrones à/en/sur etc. 

C'est propice à augmenter sensiblement le volume de mes gonades sans que j'en retire une quelconque satisfaction. Il faut penser à arrêter cette thématique commerciale à deux poils...

Bref.

Si l'on veut absolument chercher une analogie bancale, LUNA ferait plutôt songer à la phénoménale série DEADWOOD (ce qui est un putain de bon signe ou je mange mon béret). LUNA c'est le Far West, en plus astiqué au Miror pour les classes ventrues. 

LUNA est surtout le stade ultime du capitalisme où tout, mais vraiment tout, s'achète, y compris les fondamentaux : la nourriture, l'eau certes mais l'oxygène aussi ! Savoir que votre prochaine goulée peut dépendre d'un solde bancaire positif... Cela n'incite pas à des projets d'avenir bien poussés.

D'autant plus que les niveaux de vos fondamentaux sont inscrits en permanence sur le chib, lentille ultra fine directement collée sur la rétine. Manger ou respirer ou boire... C'est le choix draconiens des soutiers de la lune. 

Sauf pour les familles régnantes, les cinq dragons qui tiennent le commerce de la Lune et qui sont outrageusement, démesurément, honteusement plus riches que les autres. Un peu comme... Et bien comme aujourd'hui, tient, quand on y songe. 

Comme quoi, la (bonne) SF ne se contente pas d'anticiper, elle parle aussi de maintenant et Ian McDonald ne s'en prive pas. 

Mené à un rythme d'enfer (le dénouement est absolument saisissant) mais jamais frénétique, porté par une plume alerte, sensible et foutrement bien taillée, LUNA est une réussite éclatante. 

Adoptant un récit éclaté, qui semble décousu mais relève en fait d'une précision d’horlogerie démoniaque, LUNA alterne les coups de théâtre, les cliffhanger savamment distillés, les flash-back mélancoliques de la vie d'avant la Lune, sur terre, dans un Brésil surpeuplé et chauffé à blanc ; le tout bercé par un vocable détourné, un idiome local reprenant des termes coréens un peu, portugais beaucoup.

La beauté de cette langue...

Ian nous donne à voir un monde cohérent, à la fois proche et éloigné du notre, mais jamais trop éloigné en ce qui concerne les dévoiements et les errements dont nous sommes capables. Les deuxièmes chances n'existent pas, déjà qu'on n'est pas vraiment sûr pour les premières.

"La capacité d'agir sur son destin est un conte de fées réconfortant. La vie est une série de portes qui ne s'ouvrent que dans un sens. On ne peut jamais faire demi-tour."

Il instille également, à la faveur d'une page tournée, quelques trouvailles poétiques, tels les Loups, ces lycanthropes inversés et moins velus qui se mettent à hurler quand la Terre est pleine. 

Non vraiment rien à (re)dire, si ce n'est : trop court et vivement la suite !

0 commentaires :

Enregistrer un commentaire